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MA  MORT

 

 

 

« Et si ma mort l’on honore

Si mes proches et mes parents

Se séparent en gémissant

Sachez donc que je vis encore

 

Mais si ma tombe reste hors

Des sentiers connus de ce monde

Et si mon souvenir s’effondre

Alors sachez  je serai mort »[1]

 

Ces vers émouvants du poète

Mon enfance ont bercée

Ma jeunesse ont tourmentée

Aux âges où n’existe pas le néant

 

Je le dis comme je le pense

Comme le poète je m’en irai

Je m’en irai doucement

Je m’en irai au vent

Je m’en irai à la terre

Sans faire de bruit

Comme je suis venu

Sans l’avoir demandé

 

Je n’emporterai que ma mémoire

Ma mémoire si peuplée

Morte qu’en restera-t-il ?

 

Sachez êtres chers qu’une mort

Jamais n’est totalement entière

Vous serez mes amours en éternité

 

Je le dis comme je le pense

Où sont mes amis d’antan ?

Que sont devenues nos amitiés d’éternité ?

Qui se souviendra de ma vie ?

Qui se souviendra de mes bonheurs ?

Qui se souviendra de mes souffrances ?

 

Sachez qu’une mort n’est jamais

Jamais totalement achevée

Si d’aventure un seul être

Le long du chemin de la vie

Un seul être des êtres si chers

Une épouse une fille l’un des siens

Un ami une amie un inconnu

Si d’aventure un seul un seul

Le long du chemin de la vie

Parfois souvent ou sans cesse

Pense et conserve ton image

Alors sachez qu’un souffle persiste

Qui dans ce souvenir se perpétue

 

Il n’y a pas de mort définitive

Tant qu’un jour parfois souvent

Sans cesse un être se remémore

Mon visage mon passé ma vie

Alors je ne serai pas vraiment mort

 

Mais si le jour arrive qu’aucun pas

Qu’aucun pas ne foule mon cimetière

Qu’aucun être ne s’arrête à ma tombe

Qu’aucun ne me porte plus en pensée

Ni un jour ni parfois ni souvent

Alors vraiment je serai mort

Je n’aurai plus de cimetière

Je n’aurai plus de tombe

Je n’aurai plus de mémoire

Alors je serai vraiment mort

Ni doucement

Ni au vent

Ni à la terre

Ni à la vie

Il n’y a pas de mort heureux

 

Je serai parti

Je serai parti doucement

Je serai parti au vent

Je serai parti à la terre

 

Toute mort est inhumaine

 

 

 

1991               


[1] Bedros TOURIAN (1852-1872) poète arménien né à Constantinople, mort à 20 ans de tuberculeuse.

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